Élections consulaires. Les stratèges en piste

8:08 Elections consulaires

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Les parlementaires ont voté, les chambres de commerce et d’industrie sont en voie de réforme. En décembre prochain, et contrairement à aujourd’hui, la Bretagne sera dotée d’une nouvelle chambre régionale toute puissante. Mais avec qui à sa tête? C’est tout l’enjeu de ces prochaines semaines, avec une campagne électorale animée. Qui sera en effet en mesure de rassembler des Finistériens et des Rennais aujourd’hui incapables de faire cause commune ?

P. Créhange, V. Monvoisin, A. Gegaden, I. Jaffré et J. Uguet

Le compte-à-rebours est lancé. Dans trois mois, les CCI dévoileront leur nouveau visage. Finis les bastions départementaux, place à une chambre de commerce et d’industrie régionale (CCIR) aux pleins pouvoirs ou presque. Ainsi en ont décidé avant l’été - sous la pression du gouvernement - les parlementaires. Après deux ans d’atermoiement, pendant lesquels les CCI françaises n’ont jamais su se mettre d’accord, la réforme a fini par être votée.

Un quart du budget géré par l’échelon régional

Changement de taille à compter de janvier2011, c’est la CCIR qui percevra la fameuse taxe sur les entreprises. Elle était jusqu’alors prélevée par les CCI locales (Morlaix, Rennes, Saint-Brieuc…). Demain, ce seront donc 50 des 200M€ de budget des chambres bretonnes qui seront directement gérés par l’échelon régional. Si les CCI territoriales (CCIT) - le nouveau nom des chambres locales - continueront à maîtriser trois quarts de leur budget grâce notamment à leurs infrastructures (ports, aéroports, écoles…), elles devront se plier à la volonté de la chambre régionale sur un quart de leur budget. Résultat, tout projet initié par les CCIT devra passer devant l’assemblée des élus régionaux. En espérant obtenir la majorité des voix… «Ça va demander une intelligence collective importante», prévient Guy Canu, actuel président de la CCI Rennes Bretagne.

15% d’économies à réaliser

Autre changement important, cette fois-ci au 1erjanvier 2013. Tout le personnel statutaire des CCI locales - environ 1.300 des 2.200 salariés des chambres en Bretagne - sera alors géré par la CCIR. Quand on sait que le gouvernement a fixé le cap des 15% d’économies à réaliser en trois ans, on imagine les conséquences sur les ressources humaines. Les services supports (informatique, paie, communication) devraient rapidement être regroupés. Avec de la mobilité à la clef pour certains salariés. Mais avant ces échéances importantes, une autre étape - et non des moindres - va se jouer: les élections. Jusqu’au 8décembre, date butoir encore provisoire du scrutin, les candidats vont donc battre la campagne. Une campagne qui s’annonce d’ores et déjà acharnée. La perspective de devenir le président d’une CCI bretonne forte en fait saliver plus d’un. Mais pour arriver au Saint Graal, les candidats devront jouer serré. «Le président de la future CCI régionale devra être capable de relier tout le monde. Quelqu’un au-dessus de tout», note Youenn Le Boulc’h, président de la CCI de Saint-Malo candidat à sa succession. Et de mettre le doigt là où ça fait mal: «il faut un candidat qui soit capable de faire le lien entre les Finistériens et les Rennais.»

Le “Tout sauf Rennes”

Pour éviter de tomber dans une opposition Ille-et-Vilaine/Finistère, une alternative costarmoricaine pourrait apaiser les tensions.

C’est un secret de polichinelle, les CCI finistériennes restent toujours suspicieuses à l’égard d’une CCI rennaise, à leur goût trop puissante. Au-delà des soubassements politiques, les revendications sont aussi d’ordre pratique. La centralisationdes principales institutions économiques à Rennes entraîne inéluctablement des heures de route pour les réunions de travail. Il y a donc fort à parier que les Finistériens n’iront pas dans le sens d’un candidat rennais pour la Région. Le syndrome du TSR - Tout sauf Rennes - reste fort. En réponse, forte d’expériences passées parfois douloureuses, les Rennais ne devraient pas non plus faire de pont d’or à un candidat finistérien. Quoi qu’il en soit, aucun n’est encore sorti du bois à l’heure où nous bouclons ces lignes. Jacques Feunteuna président de la CCI de Morlaix et de CCI 29, qui regroupe les trois chambres départementales, promet qu’il n’est pas intéressé par un job aussi compliqué que président régional. «Il ne pourra pas cumuler la présidence territoriale et va se trouver devant une montagne de travail et de difficultés. Cela reviendra, pour lui, à gérer sept chambres territoriales», explique l’intéressé qui a choisi de se représenter à Morlaix.

Jo Le Mer et J.-P.Chapalain: une liste à Morlaix

En face de lui, une liste dissidente qui sera annoncée mi-septembre, avec en binôme le Saint-Politain Jean-Paul Chapalain, actuel trésorier de la CCI et Jo Le Mer, l’industriel de Morlaix, spécialiste des chaudières à condensation. L’un des deux serait-il intéressé par l’échelon régional? «C’est une question qu’on ne s’est pas encore posée», assure Jean-Paul Chapalain. Dans le Finistère Sud, René Le Pape, ancien président national de la fédération des buralistes et vice-président commerce à la CCI, dont le nom revient régulièrement, n’a rien voulu confirmer. On en saura davantage après la réunion des élus de la CCI 29 courant du mois de septembre. Il est sûr qu’à Brest ou à Quimper, on aimerait bien un candidat régional finistérien. «Car vu de Rennes, il est aisé d’oublier la pointe», lance Jean-François Garrec, président à Quimper. «Bien entendu que j’aimerais qu’un Finistérien soit élu à ce poste. Et un Brestois serait tout à fait légitime, la CCI de Brest étant la plus importante des trois du département», lâche Jacques Kuhn, président actuel de la CCI de Brest, qui ne se représente pas.

J.-F.Le Tallec: candidat local mais pas régional

Cependant, si les pistes finistériennes et rennaises mènent inexorablement à l’affrontement, il restera à trouver un homme ou une femme de compromis. Dans le Morbihan, Jean-François Le Tallec nous confirme qu’il sera candidat à sa succession. Mais au niveau local, pas régional. «Je fais acte de candidature pour un nouveau mandat. Par contre, je ne me représente pas pour la chambre régionale. La dimension de la mission va changer, ça va prendre beaucoup plus de temps», nous indique-t-il, sans vouloir toutefois prendre position pour tel ou tel candidat.

L’alternative costarmoricaine

Reste donc les Côtes d’Armor. Et justement, de nombreux regards se tournent aujourd’hui vers la CCI de Saint-Brieuc et son actuel président Alain Daher. Un homme de consensus (lire plus bas) qui pourrait faire un bon président régional en apaisant les tensions. «Je confirme que je ne suis pas candidat à ma succession au niveau départemental, comme je l’avais annoncé en début de mandature, nous indique en préambule l’intéressé. J’ai fait dix ans, et j’estime que c’est bien.» Quant au niveau régional, «c’est honnêtement un peu tôt. Plusieurs personnes ont dit qu’elles réfléchissaient. J’en fais partie. Maintenant, il y a d’autres personnes qui feraient d’excellents candidats.» Selon nos informations, Alain Daher attendrait la mi-octobre pour se positionner. D’ici là, il nous glisse toutefois au passage qu’il a toujours soutenu la réforme. «C’est quand même une belle opportunité pour la Bretagne.»

J. Feunteuna. «Je ne brigue pas la présidence régionale»

Jacques Feunteuna dément la rumeur: non, il n’est pas candidat à la présidence de la CCI régionale.

Que pensez-vous de cette réforme des CCI?

Je n’y suis pas fondamentalement opposé. Je suis las des lobbies qui souhaitent toujours la réforme chez les autres et jamais chez eux. La France prend du retard par rapport à d’autres pays.

Que va-t-elle engendrer?
Nous aurons enfin une politique régionale. On en avait déjà une, mais sur le plus petit commun dénominateur. Certes, ça ne changera pas grand-chose, car 99 fois sur 100, on était tous d’accord. L’aspect le plus gênant, c’est que le président régional qui ne pourra pas cumuler la présidence territoriale, va se trouver devant une montagne de travail et de difficultés. Cela reviendra, pour lui, à gérer sept chambres territoriales. Dès que l’une d’entre elle aura un projet d’investissement, il faudra trancher. Parfois il y aura des difficultés. Par exemple, la chambre régionale acceptera-t-elle d’augmenter le budget de telle ou telle? Ceci dit, comme tous les présidents territoriaux seront aussi vice-président au niveau de la Bretagne, je ne vois pas comment l’échelon régional pourrait faire autrement que de verser les mêmes budgets.

Briguez-vous un mandat de président régional?
Non, je ne suis pas candidat. À mon avis, c’est un job quasiment impossible. Mais je serai néanmoins très sensible à la personnalité du futur président. Il aura un rôle très important. C’est ce qui va primer, même si le jeu d’alliance entre les chambres va exister.

Le projet de suppression des CCI de moins de 8.500 ressortissants pourrait-il réapparaître?
Il faut arrêter d’imaginer des scénarios catastrophes. Ce qui est possible, il est vrai, c’est qu’un arrêté fixe un seuil. Mais s’il était promulgué, il pourrait être attaqué. Dans le pire des cas, il ne serait pas applicable avant 2015. À mon avis, ce serait une erreur. Même s’il est difficile de convaincre en quelques mots. Vous n’empêcherez pas un chef d’entreprise de penser que trois CCI en Finistère, c’est trop. Pourtant, avec une en moins, le mode de fonctionnement entraînerait des surcoûts de déplacements et des réunions à n’en plus finir. J’en suis convaincu. Mais ce sujet n’est pas d’actualité. Le projet est passé devant le parlement et le sénat. Cette idée qui a été évoquée n’existe plus.

Chambres de métiers. Une réforme en douceur ?

Les élections des chambres de métiers ont lieu du 29septembre au 13octobre. C’est ensuite que sera désigné le président régional. Pour l’heure, le doute plane encore sur les noms.

Les chambres de métiers et de l’artisanat subissent elles aussi la réforme des organismes consulaires. Mais avec moins de remous. «Il faut dire que nous avions constitué dès le rapport Attali (2008) des groupes de travail pour faire des propositions de réforme au gouvernement, explique Ange Brière, président de la CMA d’Ille-et-Vilaine. Le gouvernement a repris à 99% nos propositions, ce qui nous convient!». La réforme est sur le papier assez souple, puisqu’elle donne le choix aux chambres entre une adhésion à la chambre régionale en devenant des antennes, ou une mutualisation des services au sein d’une chambre régionale tout en gardant des chambres départementales autonomes. C’est cette deuxième solution qu’ont adoptée les CMA bretonnes. «Il est important que nous restions une chambre de proximité pour les artisans, considère Ange Brière. Le but est juste de faire des économies d’échelle sur des postes comme l’informatique ou la communication par exemple. La réflexion reste régionale mais les départements font des propositions et exécutent».

Ménage les susceptibilités
Point sombre néanmoins: la question des financements. «Selon qu’une chambre de métiers gère ou non un centre de formation des apprentis, ce qui est le cas de la moitié des CMA en France et dans les 4 départements bretons, elle dépend ou non des financements de la Région. Il est toujours dangereux de ne pas intégrer le principal financeurdans une réforme», analyse Pascal Cadieu, directeur de la CMA 29, assez critique sur cette sorte de régionalisation à la carte. «Elle ménage les susceptibilités. Mais les présidents n’ont pas vu venir la suite: à partir du 1erjanvier 2011, l’impôt payé par les artisans sera transféré à la chambre régionale qui affectera ensuite un budget à chaque chambre départementale.»

Morlaix. Une liste de Jo Le Mer et Jean-Paul Chapalain

C’est la grande nouvelle de la rentrée: Jean-Paul Chapalain, trésorier de la CCI de Morlaix et Jo Le Mer, patron de Giannoni Sermeta, s’allient pour former une liste alternative à celle de Jacques Feunteuna.

En binôme avec Jo Le Mer, Jean-Paul Chapalain, trésorier de la CCI de Morlaix, a monté une liste alternative à celle de Jacques Feunteuna, l’actuel président de la CCI de Morlaix. La tête de liste n’est pas encore déterminée. Mais là n’est pas la priorité, assure Jean-Paul Chapalain, patron de l’entreprise Matembal à Saint-Pol-de-Léon et président de l’association Triangle Initiative de soutien aux créateurs d’entreprises. La conférence de presse devrait avoir lieu mi-septembre, avec présentation des 24 noms de la liste. Il reste encore un nom à trouver. «On est parti avec des gens qui en ont marre de travailler avec Jacques Feunteuna. La CCI de Morlaix est aujourd’hui gérée comme une entreprise unipersonnelle. Les conditions ne sont pas réunies pour travailler en équipe. Il faut que ça change», estime Jean-Paul Chapalain qui en 2000 était déjà présent sur une liste adverse (celle de Pierre Mercier). Il regrette aussi que le président actuel ne soit plus aux affaires depuis longtemps. «C’est sûr, il faut du temps pour gérer une CCI, mais ça ne veut pas dire qu’il faut privilégier quelqu’un qui n’a pas d’entreprise», plaide-t-il. Ambiance… La campagne s’annonce animée.

Jacques Kuhn. «Farouchement contre cette réforme»

Le président de la CCI de Brest, Jacques Kuhn, élu depuis 1976 et président depuis vingt ans, ne briguera pas un nouveau mandat. Ce qui ne l’empêche pas de dire tout le mal qu’il pense de cette réforme. «Je pense que c’est une mauvaise réforme. J’y étais farouchement opposé. On retire aux CCI territoriales leur contenu au plan recette fiscale. On en fait des coquilles vides. C’est également une aberration de transférer le personnel aux CCRI. L’échelon régional n’est pas celui pertinent. C’est au niveau local que l’on connaît les besoins. Les personnels seront délégués et les bulletins de payes gérés à la CCIT? C’est une usine à gaz. On ne peut pas fonctionner sans DRH sur place. La centralisation n’est pas une bonne chose pour Brest. Les décisions vont se prendre à 250km. Les élus finistériens devront aller se battre jusqu’à Rennes pour défendre leurs dossiers. La loi se voulait simplificatrice, elle est incohérente. Elle est également difficile à mettre en place d’un point de vue pratique. Cette réforme est doctrinale, idéologique et anti-locale.»

Répartition des sièges: le nerf de la guerre

Selon un arrêté préfectoral du 27août, signé par le préfet de Bretagne Michel Cadot, la future chambre de commerce et d’industrie de Bretagne sera composée de 57 membres. La répartition des sièges entre les différentes CCI bretonnes est la suivante: 9 pour la CCI des Côtes d’Armor, 6 pour celle de Brest, 3 pour Morlaix, 6 pour Quimper Cornouaille, 4 pour Saint-Malo-Fougères, 16 pour Rennes et 13 pour la CCI du Morbihan. Pour obtenir la majorité des sièges, le futur président aura donc l’obligation de nouer des alliances avec les autres chambres, la majorité étant de 29 sièges. 29? C’est justement le nombre auquel on arrive lorsqu’on additionne les voix des Côtes-d’Armor, de Rennes et de Saint-Malo-Fougères… Autre point à prendre en compte, qui peut aussi avoir son importance, la répartition des sièges par catégorie: 16 pour le commerce, 21 pour l’industrie et 20 pour les services.

J.-F. Garrec. «La réforme votée, on est obligé de faire avec»

Jean-François Garrec, président de la CCI de Quimper, se représente malgré son opposition à la réforme, qu’il juge pénalisante pour l’initiative locale. «Je suis opposé à la réforme. Elle remet en cause l’initiative locale, à laquelle je suis très attaché. À Rennes, on regarde vers Paris, pas vers la Cornouaille. Et pour les élus, aller à Rennes prend du temps. Nous avions tenté de mobiliser les politiques mais ça n’a pas fonctionné. La réforme venait d’eux. Elle est maintenant votée, on est obligé de s’y faire. Entre élus, nous allons discuter afin de participer à cette réforme et voir comment la mettre en oeuvre. Notre position s’est rapprochée de celle de Brest. Ce que je souhaite, c’est pouvoir garder une certaine liberté de gestion. À Quimper, nous avons quelque chose à faire avec la formation par exemple. C’est l’un de nos objectifs.»

Élections: mode d’emploi

Selon le décret paru au Journal Officiel du 3août, le scrutin débutera le 25novembre et s’achèvera le 8décembre prochain. Les candidatures devront être déposées entre les 18 et 29octobre en Préfecture. Les résultats devraient quant à eux être connus le 16décembre au plus tard pour une installation des chambres territoriales et de la chambre régionale dans la foulée (13janvier pour cette dernière au plus tard). Subtilité du scrutin, les candidats devront indiquer, lors de leur inscription s’ils se présentent à la chambre régionale, à la chambre territoriale, ou aux deux. Seule interdiction: cumuler la présidence de la chambre territoriale et de la chambre régionale. Le président de la CCI Régionale, tout comme celui de la CCIT, est élu par ses pairs, à l’issue du scrutin.

Alain Daher, l’homme providentiel?

À la tête de la CCI 22 depuis 2001, Alain Daher assure depuis dix ans, la présidence du directoire du groupe Bodemer, concessionnaire Renault dans les Côtes-d’Armor, le Morbihan et en Normandie. Homme de consensus et de dialogue, ce provençal d’origine est un passionné de développement durable. Proche de Jean-François Bernardin, président de l’assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (AFCI), c’est un fervent partisan de la réforme. Alain Daher a annoncé depuis plus d’un an ne pas briguer un 3e mandat à la CCI 22. Mais à l’échelle régionale?

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